Mahmoud Darwich & Elias Khoury – « Avec le langage on peut vivre partout dans le monde »

                La poésie de Mahmoud Darwich (1942-2008) chante la terre palestinienne, l’exil, la langue. Développant une riche réflexion sur les fonctions et les formes du discours poétiques, il n’a de cesse d’échapper aux étiquettes identitaires dans lesquelles mondes critiques et politiques veulent l’enfermer. Il est unanimement considéré comme l’un des plus grands poètes arabes contemporains et c’est probablement le poète arabe le plus lu et le plus traduit dans le monde. Elias Khoury (1948- ) est un écrivain libanais ; son oeuvre romanesque, renouvelant les formes traditionnelles de ce genre dans la littérature arabe, s’empare des réalités historiques et de leurs soubresauts parfois violents qui ont marqué le Proche Orient au tournant du 20e siècle. La Porte du Soleil, considéré comme le récit par excellence de l’exode palestinien, a obtenu le plus grand prix littéraire palestinien.

Ecouter

Découvrir Mahmoud Darwich, son oeuvre, son engagement, ses mots, dans une interview accordée au magazine Metropolis en 2007

 

        Ecouter Elias Sanbar et Farouk Mardam-Bey, invités sur France Inter le 2 juillet 2016, dans l’émission 1001 mondes : interrogés au sujet des identités arabes, de la richesse de la langue arabe, de l’histoire moderne du Proche Orient, ils commentent également l’oeuvre du poète Mahmoud Darwich et l’amitié qui les liait à cet homme

« La poésie est une contre-arme »

https://www.franceinter.fr/oeuvres/presente-absence

Découvrir Elias Khoury, son oeuvre, ses sources d’inspiration, ses mots dans une interview accordée à Rue 89 en 2008 

« En créant la narration, nous créons notre miroir, et notre image » 

« La littérature a été, pour les Palestiniens, l’outil principal pour reformuler leur nom »

Lire

La Porte du Soleil, Elias Khoury, roman traduit de l’arabe (Liban) par Rania Samara, Actes Sud, Babel, Arles, 2002, pp. 44-45 (courte citation) 

Tu veux donc le commencement.

Au commencement, pour commencer une histoire, on ne disait pas « Il était ou il n’était pas* », mais « Au commencement, il était ou il n’était pas ». sais-tu pourquoi? J’ai été vraiment épaté en lisant cette expression dans un livre sur la littérature arabe classique. Au commencement, on ne mentait pas, on laissait les choses dans le vague, préférant recourir à ce « commencement » qui rendait ce qui « était » comme s’il « n’était pas » et ce qui « n’était pas » comme s’il « était ». Ainsi le conte devenait l’équivalent de la vie. L’histoire, c’est la vie qui « n’était pas » et la vie, c’est l’histoire qui n’a pas été contée.

Mon histoire te plaît-elle?

Ce n’est pas une véritable histoire, diras-tu. Mais moi je ne connais pas d’histoires, ma mère m’a abandonné lorsque j’étais encore enfant. Elle est partie avant de me raconter la suite de l’histoire. D’ailleurs, les histoires que je connais, tu les connais aussi bien que moi.

Je sais que ton regard s’enflamme de souvenirs et réclame le commencement de l’histoire.

Le commencement de l’histoire dit que tu es presque mort et qu’il n’y a aucun espoir de te réveiller. Le Dr Amjad m’a présenté ses condoléances. Mais je ne suis pas convaincu. J’ai décidé de tenter avec toi le traitement par la parole.

Il était ou il n’était pas, dans le temps avant les temps, un garçon nommé Younès.

Non. Je dois commencer par un lieu que tu ne connais pas, c’est-à-dire ici même. Par la fin donc, puisqu’une histoire commence par là où elle s’achève. Je ne veux pas qu’il t’arrive ce qu’il m’est arrivé à moi : je n’ai jamais connu la fin des histoires car je m’endormais avant que ma mère n’arrive au bout. Tandis que toi, tu connaîtras l’histoire par sa fin. »

*Traduction littérale du « Il était une fois » arabe.

 

Une Mémoire pour l’oubli – Le temps : Beyrouth, le lieu : un jour d’août 1982, Mahmoud Darwich, traduction de l’arabe (Palestine) par Yves Gonzales-Quijano et Farouk Mardam-Bey, Actes Sud, Babel, Arles, 2007, pp. 69-70 (courte citation) : 

Les milieux littéraires arabes ont la fâcheuse habitude de s’interroger sur le sens de la poésie aux pires moments, sans doute à cause de ce vieux fonds culturel qui associe les clameurs belliqueuses à la ferveur poétique, qui voudrait que l’aède se contente de commenter les événements, d’appeler à la guerre sainte, d’être un simple correspondant sur le front. À chaque bataille, on entend revenir la même antienne : qu’est devenue la poésie?

En cet instant précis, alors que les avions labourent nos corps, les intellectuels, veillant un corps sans vie, réclament une poésie capable de répondre aux raids aériens, capable, pour le moins, de renverser le rapport de force! Si la poésie ne naît pas maintenant, quand verra-t-elle le jour? Et si elle le fait plus tard, quelle est sa valeur aujourd’hui? Question simple et complexe à la fois, qui nécessite de répondre en plusieurs temps, pour dire, par exemple, que la poésie peut naître maintenant, ici, dans une langue donnée, dans un corps donné, sans pour autant trouver une gorge ou une feuille de papier. Question innocente, qui réclamait une réponse innocente, mais elle était lourde, ce jour-là, du désir d’assassiner le poète coupable d’affirmer qu’il écrivait son silence. « 

Prolonger

« Comme si j’étais joyeux, je suis revenu », dit un poème de Mahmoud Darwich. Ernest Pignon Ernest rend hommage au poète, en dessinant sa silhouette sur les murs de la ville de Ramallah, en 2009 : 

https://pignon-ernest.com

 

Source : you tube you tube ; https://pignon-ernest.com ; https://www.franceinter.fr ; http://www.babelio.com ; photographie : eva monclus baros
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