De « La Place de l’étoile » au prix Nobel – (re)découvrir Patrick Modiano

 

« Mais c’est sans doute la vocation du romancier, devant cette grande page blanche de l’oubli, de faire resurgir quelques mots à moitié effacés, comme ces icebergs perdus qui dérivent à la surface de l’océan.» (Patrick Modiano, Discours de réception du prix Nobel de littérature, prononcé à Stockholm le 7 décembre 2014 – courte citation)

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     Devenu le quinzième prix Nobel de littérature français le 7 décembre 2014, Patrick Modiano est incontestablement un des plus grands noms du paysage littéraire romanesque contemporain de l’hexagone.

    D’une enfance complexe et chaotique tant au plan personnel et familial entre la mort prématurée de son frère cadet et les actes obscurs et collaborationnistes de son père,  et la période trouble de l’occupation et de la shoah, Patrick Modiano a construit son œuvre autour des thèmes obsédants du Paris de l’occupation, de la quête d’identité et de la mémoire individuelle et collective.

    De la « trilogie de l’occupation » ( La Place de l’étoile, La Ronde de nuit, Les Boulevards de ceinture) à Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ; d’une pièce de théâtre aux scenarii de films,  en passant par l’essai, la production foisonnante de l’écrivain ne parvient pas à masquer l’indubitable « enfermement » thématique dont ses romans témoignent : cartographie poétique en noir et blanc du Paris des années terribles, quête complexe et apparemment vaine de l’identité juive, mémoire obsédante d’un « enfant de 1945 » sur un passé douloureux, inépuisable source d’inspiration littéraire.

Lire: 

J’écris ces pages comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n’était pas la mienne. Les événements que j’évoquerai jusqu’à ma vingt et unième année, je les ai vécus en transparence – ce procédé qui consiste à faire défiler en arrière-plan des paysages, alors que les acteurs restent immobiles sur un plateau de studio. Je voudrais traduire cette impression que beaucoup d’autres ont ressentie avant moi : tout défilait en transparence et je ne pouvais pas encore vivre ma vie. »

Patrick Modiano, Un pedigree, Paris, Gallimard, Folio n° 4377, quatrième de couverture (courte citation).

Il avait acheté un carnet de moleskine noire qu’il portait dans la poche intérieure de sa veste, ce qui lui permettait d’écrire des notes à n’importe quel moment de la journée, chaque fois que l’un de ses souvenirs à éclipses lui traversait l’esprit. Il avait le sentiment de se livrer à un jeu de patience. Mais, à mesure qu’il remontait le cours du temps, il éprouvait parfois un regret : pourquoi avait-il suivi ce chemin plutôt qu’un autre ? (…) Ces fragments de souvenirs correspondaient aux années où votre vie est semée de carrefours, et tant d’allées s’ouvrent devant vous que vous avez l’embarras du choix. »

Patrick Modiano, L’Horizon, Paris, Gallimard, 2010, pp. 11-12 (courte citation).

(Re)lire  :

  •  Romans, Patrick Modiano,  Paris, Gallimard, « Quarto », 2013.
  •  Villa Triste, Paris, Gallimard, collection blanche, 1975. (Repris en 1977 en collection Folio (n°953)
  • Du plus loin de l’oubli, Paris, Gallimard, collection blanche, 1996. Repris en 1997 en collection Folio (n°3005)
  • Dora Bruder, Paris, Gallimard, collection blanche, 1997.Repris en 1999 en collection Folio (n°3181)
  • Un pedigree, Paris, Gallimard, collection blanche, 2005. Repris en poche en mai 2006, collection Folio (n° 4377)
  • Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Paris, Gallimard, 2014

Comprendre Modiano :

  • Olivier Tardy, La Quête de l’identité chez Patrick Modiano, Université de Besançon, 1984.
  • Chen Xiao-He, Mémoire et quête dans quelques romans de Patrick Modiano, Université Paris 7, 1992.
  • Samuel Khalifa, Le Traitement symbolique et poétique de Paris dans l’œuvre romanesque de Patrick Modiano, Université Paris 3, 2002.
  • Elena Andrééva-Tintignac, L’Écriture de Patrick Modiano ou la Frustration de l’attente romanesque, Université de Limoges, 2003.

Ecouter : 

 

Sources: wwww.franceculture.fr, Youtube, www.ina.fr, wwww.lemonde.fr, www.nobelprize.org; image @mespouledefabien.
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